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Quelques extraits…

Henry Dunant, le père de l'action humanitaire, éd. Oskar, automne 2009:

La sanglante bataille de Solferino
Si Henry Dunant n’avait pas secouru des centaines de blessés à la bataille de Solferino, en juin 1859, mon père, simple soldat, y serait mort de ses blessures. Donc je l’aurais à peine connu : quand il est parti se battre, j’avais 10 ans… Qui était ce M. Dunant, si bien habillé, étrangement débarqué sur le champ de bataille ?
Pour moi, ce jour-là, Napoléon III a remporté une victoire ; mais, surtout, Henry Dunant a sauvé mon père !

Mon père portait sa bataille sur son corps abîmé. La bataille de Solferino.
Il me la racontait souvent. J’étais fasciné par ses mots couturés, hésitants. Le regard rentré en dedans, il semblait voir des images défiler dans son esprit.
« Tu comprends… Il faisait chaud, si chaud… On était debout depuis trois heures du matin, avec juste un café dans le ventre. D’un côté nous autres les Français et nos alliés les Sardes, sous la direction de l’empereur Napoléon III et de ses nombreux maréchaux. De l’autre côté étaient postés nos ennemis, les Autrichiens. Le but : libérer le nord de l’Italie, où nous étions d’ailleurs. Les clairons ont sonné la charge, les tambours ont résonné dans nos cœurs exaltés et morts de peur…
La fournaise de l’enfer, que c’était. Et on n’avait encore rien vu ! Les tirs ont commencé, on voyait tomber des gars de 20 ans, ça criait de partout, en sarde, en français, dans des dialectes italiens, les chevaux s’abattaient. Tout le monde avait l’air surpris du vacarme, des trous dans la chair. Le sang, la soif, la terreur de mourir là, sur la terre… Des centaines de milliers d’hommes surpris par l’énormité de la bataille !
J’ai passé la matinée à tirer sur des Autrichiens, des jeunes gens - comme moi - que je ne connaissais pas. Ils auraient dû être aux champs à aider leurs parents - comme moi - mais des trains les avaient vomis là. Tu vois… Non, tu ne les vois pas, mon petit. Moi toutes les nuits ils me visitent, et je me réveille mouillé de trouille après toutes ces années.


A chacun sa cabane, collectif paru à l'automne 2009 aux éditions "La cabane sur le chien" (extrait) :

Nuage
Je n’ai jamais été terre à terre. J’ai des étoiles plein les yeux, des rêves dans le ciboulot. « Tu es toujours dans les nuages » me disaient mes professeurs, de classe en classe. C’est ainsi que dès mon plus jeune âge j’ai été surnommé Nuage. Mon vrai prénom ? Je ne m’en souviens pas. Il doit bien être écrit quelque part, sur un passeport, une carte d’identité, mais j’ai largué les amarres, et perdu tout ce que les gens gardent précieusement dans des tiroirs, des armoires, des caisses et des coffres fort. J’ai perdu pied, et j’y ai gagné un ciel sans nuage. Sans nuage… à part moi.
Le facteur a trouvé mon adresse, je ne sais trop comment. Parfois il arrive à l’aube, en catimini, et repart sans crier gare. Les oiseaux piaillent si fort à sa venue qu’ils me réveillent, plus sûrement que des chiens. J’aime bien voir s’éloigner le facteur, avec sa casquette, ses baskets, sa grosse besace allégée de ma missive. Alors je descends prudemment le long de mon échelle pour aller chercher la lettre. Qui a pensé à moi ? Qui connaît mon adresse qui n’en est pas une ?
Je sirote un jus de fleurs des toits, l’enveloppe posée bien à plat sur la table. J’observe les grandes lettres soigneuses toutes penchées en avant, en un seul élan, qui sont arrivées jusqu’à moi…


Introduction de la "Petite histoire des langues", ill. May Angeli, Syros, 2002

Tu parles, tu bavardes, tu causes, tu tchatches; ta bouche produit des sons, ces sons produisent du sens. En face de toi, quelqu'un comprend ce que tu dis : il a appris la même langue, dialecte, parler ou patois que toi, qu'il entend avec ses oreilles, et décode avec son cerveau. Il existe environ cinq mille langues parlées dans le monde. Dans chacune, à chaque instant, ce petit miracle se produit : une personne s'exprime, une autre la comprend. Comment cela est-il possible? Et pourquoi ne parlons-nous pas tous anglais, ou tous français? Voici de petites histoires pour entrer dans les confidences de ces langues sans lesquelles nous autres, humains, serions bien obligés de japper ou de barrir…


De la tête aux pieds et autres expressions du corps humain, ill. Rémi Courgeon, Mango, 2007

Les yeux, symboles du corps
On est à table, on a très faim et on remplit son assiette jusqu’à ras bord… Puis on est vite calé, on n’arrive pas à finir tout ce qu’on s’est servi: on a eu « les yeux plus grands que le ventre ».
Celui qui « n’a pas froid aux yeux » n’a pas peur: il fonce, quel que soit le danger. L’expression date du XIXe siècle.
« Coûter les yeux de la tête », c’est coûter trop cher. Ce qui nous est le plus précieux, ce sont nos yeux – parce que de nos cinq sens, la vue est celui que nous utilisons le plus. Les yeux sont forcément sur notre visage, donc dans la tête, dire « les yeux de la tête » est une façon de renforcer l’idée d’importance.
Coûter les yeux de la tête : en espagnol c’est Costar un ojo de la cara = Coûter un œil du visage
En anglais : To cost an arm and a leg Coûter un bras et une jambe


L'esclave au grain de beauté, ill. Christel Espié, Casteman, 2008

Sarah a toujours vécu dans la plantation des Robins. Elle ne connaît que la grande maison blanche, dont les fenêtres s’illuminent dès la tombée de la nuit. Les quartiers d’esclaves, faits de petites maisons en bois aux interstices bourrés de torchis, aux fenêtres obstruées de papier. Les champs de coton où des esclaves travaillent courbés, de l’aube au couchant… La plantation est si vaste que Sarah n’a jamais eu le temps d’en faire le tour. Quand elle était toute petite, elle écoutait les chansons de la vieille nounou noire qui gardait les bébés des esclaves. Dès qu’elle a su marcher, elle a passé ses jours dans les ateliers du bourrelier, du menuisier, du forgeron, qui lui racontaient l’histoire du Christ et d’étranges légendes transmises par leurs ancêtres africains… Puis elle a commencé à travailler un peu pour les maîtres blancs.

baussier-auteur
15/08/09